Bien plus qu’un nouvel emploi
Accueillir un talent international, c’est comprendre que derrière une embauche, il y a aussi un choix de vie.
Pour l’entreprise, l’histoire peut commencer par une embauche.
Un besoin à combler, une expertise recherchée, une date d’entrée en poste. Puis vient l’intégration : les accès, les outils, les rencontres avec l’équipe, les premières semaines dans le rôle.
Pour la personne qui arrive de l’international, cette même date s’inscrit dans une histoire beaucoup plus grande.
Elle commence un nouvel emploi, oui. Mais elle apprivoise aussi un nouveau quotidien, de nouveaux repères et parfois une nouvelle langue. Elle doit comprendre comment fonctionne le système de santé, inscrire ses enfants à l’école, se déplacer, s’équiper, créer un réseau. Même certaines choses aussi banales que la fréquence de la paie, une expression entendue au bureau ou la façon d’interagir avec son gestionnaire peuvent être nouvelles.
Ce choix, elle l’a fait. Avec ses ambitions, ses motivations et son propre projet de vie. Il ne s’agit donc pas de la prendre en charge ni de présumer qu’elle est plus fragile qu’une autre. Au contraire, faire le choix de poursuivre sa carrière dans un autre pays demande une bonne dose d’autonomie, de détermination, d’adaptabilité et de résilience.
Mais pour l’employeur, comprendre l’ampleur de ce qui se passe autour de l’entrée en poste peut changer la façon de l’accueillir.
Nous avons donc posé quelques questions à Maud Pinard Fréchette, directrice du Parcours international chez Sourcinc, pour réfléchir à ce qui distingue l’intégration professionnelle de l’accueil d’une personne qui arrive de l’international.
Intégrer ou accueillir?
La distinction que fait Maud est toute simple : « Intégrer, c’est un processus. Accueillir, c’est une posture humaine. »
L’intégration professionnelle demeure essentielle. On présente l’organisation, le rôle, les façons de travailler et les personnes avec lesquelles le nouvel employé devra collaborer.
Accueillir demande quelque chose d’un peu différent. Ce n’est pas nécessairement d’en faire plus, mais plutôt de garder en tête que ce qui nous paraît évident ne l’est pas toujours pour quelqu’un qui découvre un nouvel environnement.
Il faut laisser de la place aux questions, expliquer certains codes plutôt que de présumer qu’ils sont universels, inclure naturellement la nouvelle personne dans les échanges plus informels et s’intéresser à son parcours et à ce qu’elle découvre.
Ce sont de petits gestes, souvent spontanés, qui peuvent avoir beaucoup de valeur pendant une période où de nouveaux repères se construisent.
Quand l’entreprise devient un point de repère
C’est probablement l’un des aspects que les employeurs sous-estiment le plus.
Lorsqu’une personne arrive dans un nouveau pays, sa liste de choses à comprendre et à organiser ne s’arrête pas à son premier jour de travail. Internet, téléphone, transport, école, santé, épicerie : aucune de ces choses n’est insurmontable en soi. C’est leur accumulation qui peut créer une charge mentale importante.
Pendant ce temps, le travail devient rapidement l’un des éléments les plus structurés de son nouveau quotidien.
Les collègues et le gestionnaire font partie des premières personnes qu’elle côtoie régulièrement. Presque sans le savoir, ils peuvent donc devenir des points de repère : ceux à qui on pose une question toute simple, avec qui on apprend une expression québécoise ou qui expliquent une habitude qu’on ne connaissait pas.
Ce rôle n’a rien d’officiel. Et il n’a pas besoin de le devenir.
Il ne s’agit pas pour le gestionnaire de devenir responsable de l’intégration personnelle du nouvel employé. Il s’agit simplement de reconnaître que le milieu de travail peut occuper, pendant un certain temps, une place particulièrement importante dans son nouvel environnement.
Et parfois, les échanges les plus utiles sont les plus anodins.
La signification différente d’un mot, une expression québécoise incomprise, une habitude de bureau qui semble parfaitement normale ici… Tout cela peut donner lieu à une question, à une explication ou simplement à un bon fou rire.
Laisser à quelqu’un la possibilité de ne pas tout savoir immédiatement, sans jugement et sans en faire un enjeu, fait aussi partie de l’accueil.
Une embauche, trois perspectives
Un parcours international réussi ne se mesure pas uniquement à la performance dans un nouveau poste.
Pour l’entreprise, il y a un besoin d’affaires, une embauche et une intégration à réussir.
Pour le gestionnaire, il y a un nouvel employé à intégrer à son équipe, à soutenir dans son rôle et à faire progresser.
Et pour la personne, ce nouvel emploi fait partie d’un projet de vie beaucoup plus vaste.
Ces réalités ne s’opposent pas. Elles existent simplement en même temps.
Comprendre cette différence ne demande pas nécessairement d’ajouter des processus ou des responsabilités. Cela permet plutôt de porter attention à certains détails, d’expliquer un peu plus lorsque c’est nécessaire et de laisser davantage de place aux échanges qui se créent naturellement.
Voir ces trois réalités en même temps permet simplement de mieux accueillir.